Formes avancées de mélanome : vers des traitements de plus en plus efficaces

Formes avancées de mélanome : vers des traitements de plus en plus efficaces

Les résultats d’une étude internationale à laquelle le centre d’oncodermatologie de Saint-Louis, AP-HP, dirigé par le Pr C. Lebbé a largement participé, viennent d’être présentés au congrès américain de cancérologie qui accueille chaque année des milliers de chercheurs du monde entier.

En résumé

Une étude internationale avec une forte participation française, notamment le service d’onco-dermatologie de Saint-Louis dirigé par C. Lebbé vient de montrer l’intérêt d’un traitement associant deux thérapies ciblées chez des patients atteints de formes avancées de mélanome avec mutation de BRAF V600E**, avec plus de 2 patients sur 3 qui répondent au traitement, une augmentation du délai sans rechute de la maladie, une amélioration significative de la survie globale, et une tolérance globalement très satisfaisante.

Les formes avancées de mélanome : des progrès thérapeutiques importants

A cours de ces dernières années, le pronostic de la maladie a été transformé avec la mise sur le marché de deux thérapies ciblées*, le vémurafénib et le dabrafénib, particulièrement actives dans les formes avancées de mélanome en présence d’une anomalie biologique appelée mutation de BRAF V600E** ; ainsi, ces deux molécules administrées en monothérapie, c’est à dire sans autre traitement, étaient devenues le traitement standard des mélanomes avancés avec mutation de BRAF V600E.

Plus récemment, de nouvelles thérapies ciblées avec des mécanismes d’action différents ont été développées, parmi lesquelles le tramétinib, et une étude clinique, COMBO-d, a été mise en place chez des patients présentant un mélanome avancé avec mutation de BRAF V600E**, afin d’évaluer l’intérêt d’associer ces différents traitements, dabrafénib et tramétinib ; les résultats finaux de cette étude ont été présentés pour la première fois cette année au congrès américain de cancérologie.

Une étude internationale avec une forte participation française

Avant de présenter plus en détail les données de cette étude internationale, COMBO-d, il est important de souligner la participation de plusieurs centres français d’onco-dermatologie dans cet essai clinique avec notamment, la forte implication du centre d’oncodermatologie réputé de l’hôpital Saint- Louis dirigé par le Pr. C. Lebbé.

Cette étude menée en double aveugle*** auprès de 423 patients présentant un mélanome avancé avec mutation de BRAF V600E, a comparé les effets d’une thérapie ciblée seule, le dabrafénib, à ceux de l’association de deux thérapies ciblées, le dabrafénib et le tramétinib. Les critères étudiés concernaient l’efficacité (taux de réponse au traitement, durée de la réponse, délai avant rechute, survie globale) et la tolérance du traitement.

Des résultats significatifs sur tous les critères observés avec l’association de deux thérapies ciblées

Lors de leur entrée dans cette étude, les 423 patients inclus étaient âgés de 22 à 89 ans (médiane autour de 55- 56,5 ans), et une très grande majorité d’entre eux présentaient des métastases**** à distance.

Après un suivi median de 20 mois, les résultats de cette étude montrent que l’association de ces deux thérapies ciblées, dabrafénib et tramétinib, permet d’améliorer significativement la survie globale, qui passe à 25 mois en médiane, par rapport au dabrafenib seul et ce, quel que soit l’âge des patients, le stade de la maladie et le nombre d’organes touchés par des métastases. De même, une augmentation du pourcentage de patients ayant répondu au traitement, plus de 2 patients sur 3, et un allongement de la durée de réponse et du délai médian avant rechute de la maladie étaient observés dans le groupe ayant reçu le traitement combiné.

Le profil de tolérance de cette association est rassurant et globalement satisfaisant, puisqu’il était comparable dans les deux groupes de traitement (groupe ayant reçu une seule thérapie ciblée et groupe ayant reçu l’association des deux thérapies ciblées). Les évènements indésirables liés au traitement les plus fréquents étaient de la fièvre en règle passagère, une fatigue modérée, une éruption cutanée passagère et modérée, des nausées et/ou des douleurs articulaires de faible importance, chacun de ces effets secondaires ayant été rapporté chez moins de 30% des patients. Peu de cas sévères d’intolérance au traitement ont été rapportés mais un suivi régulier des patients devrait permettre de les détecter précocement.

* Thérapie ciblée : traitement capable de cibler, dans certaines situations bien précises, les cellules cancéreuses ou leur environnement et de bloquer leur fonctionnement.

** Mutation de BRAF V600E : anomalie biologique présente au sein des cellules tumorales, à l’origine d’un dérèglement de leur fonctionnement et d’une prolifération anarchique.

***Double aveugle : essai clinique au cours duquel les traitements qui sont comparés sont donnés en aveugle, ce qui signifie que ni le médecin ni le patient ne savent lequel des deux traitements ils reçoivent. A la fin de l’étude, l’aveugle est levé et les données de chaque groupe de traitement sont analysées.

****Métastases : dissémination à distance de cellules tumorales ; les métastases les plus fréquentes en cas de mélanome sont les métastases cérébrales, osseuses et hépatiques.