Olfaction et cancérologie : les ateliers senteurs

Olfaction et cancérologie : les ateliers senteurs

Retrouver les parfums de la vie

L’hôpital Saint-Louis à Paris et le Centre Gustave Roussy à Villejuif proposent aux patients en chimiothérapie un « atelier senteurs » animé par une professionnelle du parfum. Une approche singulière pour redynamiser ce sens souvent endommagé par les traitements et retrouver des raisons de savourer le quotidien.

«Depuis le début de la chimiothérapie, je ne sens plus rien ». « J’ai un goût amer de fer, de métal dans la bouche ». « J’aimerai bien me parfumer mais tout m’écoeure ». « Je ne peux plus porter mon parfum habituel ». Les patients concernés et les professionnels le savent : bien souvent, les traitements ont des répercussions non négligeables sur le goût et l’odorat. D’après une étude de l’INCa (Institut National du Cancer) publiée en 2006, près de 63% des patients font l’expérience de ces perturbations sensorielles pendant ou après les traitements. Sensibilisée à ces questions, l’association CEW (Cosmetic Executive Women)* est à l’origine d’une démarche inédite dans les hôpitaux. A savoir, la mise en place d’ateliers olfactifs en partenariat avec l’IFF (International Flavors and Fragrances). Une fois par mois, les participants se réunissent autour d’un atelier senteurs animé par une professionnelle du parfum. Deux établissements parisiens proposent cette expérience en cancérologie : l’hôpital Saint-Louis depuis 2007 et depuis 2004, le Centre Gustave Roussy à Villejuif.

« L’odorat, un puissant vecteur de communication »

« Cet atelier leur permet d’évaluer dans quelle mesure les traitements  ont perturbé leur odorat.  Par exemple, quelles sont les odeurs qui provoquent une gêne, ou celles que l’on ne perçoit plus», explique Caroline Hembert, l’une des animatrices de ces ateliers à l’hôpital Saint-Louis. Directrice de clientèle chez Drom Fragrances, la jeune femme prend plaisir à préparer ces ateliers qu’elle anime bénévolement depuis un an et demi. « On choisit un univers olfactif avec les participantes : cela peut être une thématique simple comme les fleurs, les épices, les fruits et les légumes ou encore les parfums de Noël. Aujourd’hui, j’ai sélectionné une dizaine d’odeurs insolites », explique t-elle.

Autour de la table, 6 à 10 participantes (les hommes sont bien sûr conviés mais ce sont le plus souvent des femmes qui s’y rendent) vont attentivement renâcler les différentes mouillettes qui leur seront distribuées. Effluves de rouge à lèvres, de poulet froid, d’herbe coupée ou de champignons, etc… Les odeurs, par la charge émotionnelle puissante qu’elles véhiculent, ne laissent personne indifférent. Ainsi, les participantes se laissent aller à leur imaginaire et à leurs souvenirs. « L’odorat est le sens le plus violent, le plus primaire et le plus émouvant. C’est un puissant vecteur de communication », explique Caroline Hembert. « Parfois, cela sert de support d’échange à des discussions qui n’ont plus rien à voir avec la thématique de l’atelier. Les femmes discutent de leur maladie, de leurs traitements et partagent leurs expériences », poursuit l’animatrice.

Rompre avec l’isolement dont sont parfois victimes les personnes malades : un autre effet de ces ateliers qui ne se réduit pas qu’à une stimulation olfactive. « Les personnes qui viennent se croisent souvent à l’hôpital lors des chimio. Ces ateliers sont l’occasion pour elles de se retrouver et de créer des amitiés », explique Nathalie André, coordinatrice des soins d’accompagnement à l’hôpital Saint-Louis.

Ces rencontres ont un effet tangible sur le moral des malades. C’est ce qui explique notamment leur succès. « Cela me change les idées et me redonne du courage. Quand je sors de ces ateliers, mon moral est meilleur », constate Dominique.

Partir à la découverte d’un univers méconnu

Participer à un atelier olfactif, c’est aussi l’occasion de découvrir un univers passionnant et souvent méconnu. Et partant, de développer un nouveau centre d’intérêt qui peut aider les malades à sortir de leur quotidien difficile. « Les participantes en profitent souvent pour me poser des questions sur l’univers du parfum», précise Caroline Hembert. « Comme elles sont curieuses, je les familiarise par exemple avec les différentes familles de fragrances. Je peux aussi leur raconter les différentes étapes de la fabrication d’un parfum ». En mettant à la disposition du public une bibliographie et des ouvrages à emprunter, la médiathèque de l’hôpital Saint-Louis donne la possibilité d’approfondir ses connaissances entre deux ateliers. Une initiative originale, ludique et utile car elle répond à de nombreux besoins. On aimerait bien que le parfum de ces ateliers se diffuse dans d’autres hôpitaux.

Nathalie FERRON
La maison du cancer

En savoir plus

Ateliers Senteurs de l’hôpital Saint-Louis

Inscription à la Maison d’Information en Santé
1, Avenue Claude Vellefaux, 75010 Paris
Tél : 01.42.38.54.30 – Email

Ateliers olfactifs de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif

Responsable : Chrystelle Largillière
ERI (Espace Rencontre Information)
Tél : 01.42.11.42.11

CEW : Créée en 1986, elle regroupe aujourd’hui près de 300 femmes qui travaillent dans l’univers de la beauté. L’association propose notamment des ateliers olfactifs dans différents services hospitaliers. En dehors de la cancérologie, d’autres expériences sont menées notamment en gériatrie, en traumatologie et auprès d’adolescents en souffrance.